DJIBOUTI 1 : côté pile

 



Un jour de novembre, à la sortie des cours au Lycée français de Djibouti (LFD), il a suffi, une fois mes élèves sortis, de m'approcher avec douceur de ce petit oiseau étourdi dont on nous avait demandé de nous éloigner et de lui parler doucement : il a accepté de monter dans mes mains et de se laisser réconforter, puis il a repris son envol et sa liberté.

(photo : ma collègue Marjolaine)


Les prénoms mentionnées dans cet article ont été modifiés afin que personne ne puisse être inquiété, mon expérience djiboutienne m'ayant montré qu'avec les services secrets locaux et les informaticiens de l'ambassade de France, tout est susceptible d'être vu et retenu contre vous... ou les autres...

Enfin un contrat en bonne et due forme avec l'Agence pour l'Enseignement Français (et non "du Français" comme je l'ai cru jusqu'en novembre...) à l'Étranger (AEFE) : le 9 mars 2025 (la veille de la sortie d'hôpital de mon ami Saleem, alors que j'étais en Tunisie), j'avais accepté ce poste dont seuls la proximité des flots et le soleil m'avaient réellement intéressé - et aussi, je l'avoue, la qualité du statut de détaché : finis écoles et contrats à la mord-moi-le-nœud des années précédentes. Je devais être parti pour trois années à faire des aller-et-retours fréquents vers la France et accumuler une confortable petite fortune comme tous les détachés, nettement mieux payés qu'au pays (un bon tiers de salaire en plus...). Cela dura deux mois et demi : parti le 25 août de Grenoble, je me réinstallais dans l'appartement grenoblois de mon père le 17 novembre. 

Récit d'une redirection de vie expresse

 (et éléments d'analyse en profondeur dans Djibouti 3). 


 

Les premiers jours, je me serais cru au pays des transgenres... le temps que je m'habitue à l'habit traditionnel masculin local ! 

Pour l'un de ces clichés, ou pour les deux suivants (les seuls que j'ai pu prendre des sympathiques chèvres courant dans les rues et ornant nombre de véhicules stationnés !), j'ai risqué la garde à vue, comme beaucoup de touristes l'ont expérimenté (donnant du travail aux services consulaires chargés de les sortir du guêpier...)

 

J'aurais aussi pu être interpelé pour avoir photographié ces chameaux sur la route vers le Somaliland (où j'ai taillé la zone quand un gars auquel je demandais une information a sorti son smartphone et commencé à me filmer en m'intimant l'ordre de m'arrêter...) :

 J'aurais encore pu être interpelé  pour avoir photographié ces magnifiques paysages désertiques sur la route de l'une de mes plages préférées, à 1h30 de la maison en vélo (des couples du lycée ont été inquiétés en plein désert pour maniement d'appareil photo...) :






Professionnellement, ce fut exceptionnel 

 Sur le chemin de l'école, un matin vers 7h

Exceptionnel avec mes trois autres collègues de CM2 d'abord (dont Dorine, qui est franco-djiboutienne, convertie à l'islam) : nous nous sommes entendus comme cul et chemise alors que nous étions absolument différents (voire opposés) en âges, parcours, opinions politiques... et presque pédagogiquement. Mais nous avons su mettre en avant ce que chacun.e pouvait apporter au groupe et aux élèves, avec respect, intelligence et bienveillance. Une excellente synergie, c'est précieux ! Sur la pointe des pieds, je suis (peu à peu) entré dans la dynamique de la "classe Harry Potter" (en mentionnant le dit HP et son univers de sorcellerie le moins souvent possible - seul le côté de cohérence méthodologique m'a intéressé dans cette expérience), dynamique imposée par la directrice (déchargée de cours, en fin de carrière, qui avait vécu une année précédente faite de profondes dissensions dans l'équipe - on va voir qu'elle a su y faire pour que cela se reproduise...). J'ai accueilli avec enthousiasme d'excellents supports pédagogiques (dictées autours de l'histoire des arts dans le monde, étude de la mythologie grecque, etc.), les meilleurs de toute ma carrière, avec des collègues visant le haut de gamme en matière de culture française, ce qui est assez rare dans le métier. C'était aussi la première fois que j'avais une classe de CM2 à plein temps. 

J'ai refait à ma sauce la leçon sur la reproduction humaine, évacuant toutes les images sexuelles (susceptibles d'heurter des jeunes enfants, spécialement dans une société musulmane) et centrant le cours sur la beauté du processus d'émergence de la vie dans le ventre la mère (une excellente vidéo faite par des médecins de Tunisie, exactement dans la dynamique que je recherchais, a été un beau support).

On m'a fait confiance pour animer la chorale des CM2, et je crois que mes collègues ont été séduites, et par les chants travaillés, et par le travail de préparation directement inspiré de Marie-Louise Aucher et de François Delsarte. La semaine de mon départ, nous avons pu terminer l'apprentissage (chanté et chorégraphié) de La croisade des enfants de Jacques Higelin, en vue de la journée des droits de l'enfant durant laquelle nos élèves devaient chanter devant son Excellence... l'ambassadeur de France. Cela restera comme un patrimoine intérieur pour nos près de cent élèves impliqués.

  Soleil levant depuis le balcon de ma chambre

Le dimanche de mon départ, nous nous sommes retrouvés tous les quatre sur mon balcon pour un dernier au revoir et nous sommes pris dans les bras... (nous restons en lien, en particulier avec Ingrid qui, elle aussi, a des problématiques familiales impératives... et qui a décroché un poste au Bénin l'an prochain, ce qui me fera un contact de plus sur Cotonou, alleluia !).

 

Ce fut exceptionnel avec mes élèves surtout. Vingt-trois enfants de France (fils et filles de militaires) et de Djibouti (et une élève du Rwanda, scolarisée dans le système français depuis un an seulement, peut-être la plus brillante), avec des parents très coopératifs, éduqués et respectueux. Des enfants gentils comme tout, curieux, investis, ravis de peindre comme jamais ils ne l'avaient fait jusque-là (et comme ils ne le feront sans doute jamais plus...).

  L'une des dizaines de peintures produites par mes élèves en ces deux mois et demi

- On ne dirait pas des peintures d'enfants me dit un jour Ingrid (j'avais choisi d'afficher sur les fenêtres extérieures les peintures de mes élèves en lieu et place des posters Harry Potter...).

- Oui, ils ont une belle maturité graphique, et je ne leur donne que des techniques, ensuite ils en font ce qu'ils veulent. 

- C'est quoi, une maturité graphique ?

- C'est ce que tu vois : maitrise des couleurs, de l'espace, de la composition, et surtout une individualité qui transparait partout !

D'excellents élèves pour certains.

Des progrès spectaculaires pour d'autres. Charbel s'est mis au travail, à force d'attention et de fermeté ;  chez lui, après le repas (on travaille de 7h20 à 12h40), il ouvre ses cahiers et bosse comme jamais auparavant (sa mère est surprise et heureuse du changement). Youssef commence tout doucement à décoller. Le plus impressionnant, c'est Mahmoud : ses parents me demandent un RV à la mi-octobre, étonnés de n'avoir pas été convoqués :

 - C'est qu'il n'y a pas de motif à le faire.

- Mais nous avons été systématiquement convoqués depuis son CP ! Ses maitresses s'arrachaient les cheveux. Et puis nous avons des documents à vous montrer, des informations médicales à vous partager...

Oui, certes, Mahmoud a une forme d'absence apparente, mais il est en fait bien présent. Et si le premier document me semble intéressant, en revanche les "recommandations" d'un psycho-quelque chose suite à une batterie de tests me laissent pantois : il faudrait que je fasse régresser mon élève pour palier à une lenteur qui ne s'est jamais exprimée lors de mes cours (comme un fait express, le lendemain de notre entretien, Mahmoud finit deuxième la copie d'un texte au tableau). Au fur et à mesure de notre entretien et de la communication d'informations factuelles (les résultats, en particulier, aux dictées quotidiennes qui montrent que Mahmoud est dans le tiers de la classe réussissant le mieux), sa mère (qui tournait quasiment le dos au père au début) se réaligne peu à peu avec son mari : quelque chose est en train de s'harmoniser dans le système familial, c'est évident. Quand, deux jours plus tard, Mahmoud demande à faire (comme d'autres) un exposé, les parents sont sur le c. ! J'aurai juste le temps de lui donner à présenter Victor Hugo :  il fera son  exposé... le jours de mon départ...!

Mais ni lui ni aucun de mes élèves - ni moi - ne savions que ce serait notre dernier jour de travail ensemble... Nous n'avons pu nous dire au revoir, aussi leur ai-je laissé un tableau bien achalandé pour le dimanche suivant (eh oui, j'ai bossé les dimanches, et je m'en suis remis, inventant un rituel dominical inspiré de mes "messes privées" nées lors des confinements et de danses des lettres hébraïques traçant la Croix, et rejoignant la communauté catholique le soir).

Comment dire au revoir avec amour et professionnalisme tout en tentant de favoriser la poursuite d'une énergie de groupe coupée en plein vol...


Tout à une fin



Voilà la publication sur Facebook qui a permis de m'identifier suite à ma baignade nue et nocturne entre l'aéroport et l'île de la Tortue le mercredi 5 novembre 2025, et à la course-poursuite qui s'en est suivie. Cette publication était supposée être réservée à mes "amis Facebook", mais j'ai bien vite compris que j'avais de nombreux amis clandestins parmi les services de sécurité djiboutiens... mais aussi de l'ambassade de France !

Etrangement, c'est à ce moment-là seulement que les choses se sont cristallisées. Car dès le soir de mon arrivée (puis ensuite tous les jours) je me suis baigné nu  (et souvent en pleine ville sur la plage de la Siesta, de nuit, à l'écart et derrière des rochers - il faut croire que j'ai su être aussi discret que possible puisqu'alors jamais je n'ai été inquiété). Certes, quelques fois on m'avait crié dessus alors que je m'avançais vers l'eau, sur cette même plage du 5 novembre où est une petite guérite avec des pêcheurs, mais à mon retour il n'y avait plus personne et mes affaires ont toujours été respectées. Le temps était donc venu de... Cela fut le premier motif officiel de mon éviction expresse (et bienheureuse, je l'ai vite compris, malgré la tristesse profonde de quitter mes trois collègues de CM2, et encore plus mes élèves et tout ce qui était engagé avec eux).

 Ma réaction, lors d'une réunion d'équipe le dimanche 10 novembre, à une pique de la directrice en réponse à ma demande d'une sonorisation pour que la chorale chante en plein air dans de bonnes conditions devant l'ambassadeur fut le deuxième motif officiel de ce départ expéditif... La directrice me rabrouant sans raison (sans raison dans ce contexte précis, mais j'avais mis le doigt dans les semaines précédentes et sans le vouloir, en faisant simplement correctement mon boulot, sur ce qui pourrait s'apparenter à une incompétence multidirectionnelle... et lui avait fait un mot très sec la semaine précédente) - me faisant donc rabrouer alors que je cherchais à ce que se passe bien le temps avec son Eminence, j'ai laissé échapper ce que je me suis ensuite amusé à appeler une "locution interjective idiomatique"  (réutilisant la notion d'expression idiomatique dont j'avais usé pour expliquer les textes de certains chants... et que mon élève le plus doué avait retenue), soit un discret "nique l'ambassadeur". Certes guère élégant, mais n'ayant pas pour but d'être publicisé et ne traduisant rien d'autre que  mon incompréhension/agacement. De fait, il n'a été entendu que par ma collègue de droite... mais cela a suffit pour allumer le feu. Car le téléphone arabe, c'est efficace ! Une minute après, une collègue assise loin de moi a interrompu la réunion pour demander pourquoi je l'avais insultée... et à la fin j'étais entouré d'une horde furieuse de collègues de maternelle que je ne connaissais pas (nous étions plus de quarante enseignants du primaire répartis sur deux sites) - l'une, à laquelle je demandais le prénom, m'a répondu "je suis un contrat local" ! Sans commentaire...

Je n'avais pas compris que la différence de statuts (les contrats locaux étant payé moitié moins que les détachés pour faire le même travail), globalement associée à la différence d'origines, était le terrain propice à un déchainement d'animosité sur fond de racisme anti-Blanc feutré : en se payant ma peau, elles faisaient d'une pierre deux coups...

Pour me faire expédier il a fallut en rajouter, certaines n'hésitant pas à mentir par écrit (en me prêtant, par exemple, une insulte en arabe que j'aurais été bien incapable de prononcer car je ne la connais toujours pas... insulte traduite dans un document officiel  par une haute responsable du LFD à laquelle je me suis permis d'écrire que sa conscience la condamnait).

On m'a aussi accusé de comportement raciste et discriminatoire. Des quasi-incontournables de nos jours pour attaquer quelqu'un. Mais c'était plutôt culoté, au vu de mes bonnes relations avec le personnel djiboutien (et plus généralement africain) du LFD (on m'appelait en rigolant "le Béninois" suite à mon bienheureux passage en Afrique de l'Ouest que j'aimais évoquer).

Début décembre, j'ai pondu une lettre de quatorze pages avec photos, extraits de courriels et plan de la salle  (à la disposition de qui veut) montrant qu'il n'y avait aucune chance pour que la plupart de ce qui m'était reproché ne tienne la route, reconnaissant ce qui était vrai et plaidant réparation pour sanction disproportionnée. Faisant remarquer, aussi, qu'en deux mois j'avais un carnet d'adresses de personnes du pays sans doute beaucoup plus fourni que les détachés établis depuis des années. Et assumant avec fierté l'accusation récurrente de marginalité : oui, être un Blanc se déplaçant en vélo et allant à la rencontre des Djiboutiens est ma façon d'être, et j'assume pleinement de ne pas participer du fonctionnement cloisonné Blancs/riches/clubs/circuits fermés (au boulot comme aux loisirs)/grosses bagnoles/et tutti quanti. Pas plus qu'à Mexico, il n'était envisageable pour moi de passer mes WE avec les collègues du boulot : à l'étranger, ma priorité reste la rencontre avec les personnes du pays. Bref, je ne suis pas un digne représentant du système post-colonial français. Et ça me va très bien, merci.

Le plus surprenant et inquiétant, c'est sans doute la conclusion de la lettre qui a initialement été envoyée à l'administration centrale de l'AEFE le soir même de la réunion du dimanche 10/11 (sans que je fus entendu) et qui a enclenché le processus de fin de ma mission :

Suivait la signature d'une responsable d'équipe. Glups ! Quand j'ai lu cela, j'ai eu du mal à croire que quelqu'un de censé et aux responsabilités puisse penser que ce type d'argument "décisif" serait reçu par les autorités françaises... Vichy, Pétain, vous êtes toujours là ?...

Je n'avais pas saisi à quel point travailler pour le Ministère des Affaires Etrangères impliquait de ne plus avoir de vie privée. Certes, j'avais bien lu dans mon contrat que toutes mes actions engageaient l'image de la France, ce dont j'ai absolument tenu compte dans le cadre de mon travail. Mais je n'avais vraiment pas intégré ce que cela pouvait impliquer en dehors du boulot (Bruno Guillot, ex-salafiste, témoigne du décalage qu'il vécut entre le fait de connaître la théorie du mariage possible des fillettes à partir de 6 ans en islam... et le tremblement de terre que furent pour lui les deux demandes en mariage qu'on lui fit pour sa fille de 8 ans... https://youtu.be/sZaRFFCjXZU?is=x_6sCYDdtKiNyHM_). Mes élèves, plus positivement, expérimentèrent le même écart entre savoir théoriquement (que le bleu + le jaune = le vert) et expérimenter (la naissance du jaune issu du mélange bleu-jaune, qui les émerveilla).

Lors d'une rencontre au sommet (à l'ambassade), la veille de mon éviction, on m'a interrogé sans ménagement et sans retenu sur le contenu de mes publications Facebook, sur mon blog relatant mes expériences à l'étranger, etc. Toutes choses a priori illégales, mais comme j'avais l'impossibilité d'apporter la preuve de ce qui m'était dit (le smartphone est soigneusement confisqué à l'entrée des lieux), on pouvait y aller allégrement...

Espionnage généralisé, absence de vie privée sauf cachée ou dans des clubs fermés et friqués, dénonciations délirantes : pas pour moi tout ça, c'est pire que la France covidiste fuie en 2022... 

Une haut placée du LFD, le surlendemain, m'a expliqué qu'avec notre téléphone, les services secrets pouvaient écouter toutes nos conversations, y compris celles sans usage dudit smartphone ; qu'avec l'écran de nos ordinateurs connectés, ils pouvaient voir ce qui se passe chez nous ; et qu'ils ont un accès illimité à tout ce qui se passe sur le net et sur le "black net". Amis complotistes réjouissez-vous, vous avez des alliés haut placés !

Le LFD a dû gérer les inévitables rumeurs ayant entouré mon départ (ce fut rapide)... et surtout le mécontentement (persistant) des parents face à cette décapitation professionnelle dont les seules victimes furent leurs enfants... Effet immédiat des décisions prises : il a fallu me remplacer au pied levé, c'est-à-dire de bric et de broc, ce qui, à terme, a mené à l'implosion de ce qui avait été une équipe merveilleusement soudée... Quand à mes élèves... je ne peux désormais plus rien pour eux sauf les porter dans ma prière (ce qui est déjà beaucoup) - j'y suis fidèle chaque jour.

 Certes, il y eut mes maladresses et mon inadéquation à ce qui était attendu d'un Français à Djibouti (en plus des deux motifs officiels qui auraient pu donner lieu à une sanction proportionnée, s'ajoutait le fait que l'on savait tout de mes positionnements ne correspondant pas exactement à la doxa officielle du moment...). Certes, il y eut les difficultés professionnelles  de la direction ("je choisis mes combats" m'avait expliqué une collègue, aussi consciente que moi des dysfonctionnements, mais qui préférait sagement botter en touche pour consacrer son énergie à d'autres choses). Certes, il y eut le contexte avec les personnes en contrat local. "Mais il y a forcément autre chose" me dit Ingrid lors de notre dernière rencontre sur mon balcon avec Dorine et Marjolaine. Pour que tout soit bien clair entre nous, je leur fais la lecture de la lettre motivant la suspension de mon contrat, reçue vendredi.
- C'est tout ?! Il y a forcément autre chose insista Ingrid.
Une fois la tristesse un peu digérée et le temps passé, je me suis rendu à son avis : oui, il y a forcément autre chose expliquant la disproportion de la décision de l'ambassadeur, qui a anéanti une dynamique pédagogique vertueuse devenue négligeable, alors que c'était le motif de ma présence ici...

Un collègue, en poste depuis des années, m'a suggéré la piste franc-maçonne, ayant constaté combien ce réseau  savait se serrer les coudes et éliminer ceux qui le dérangeaient - en plus de mes écarts affirmés avec la doxa officielle du moment, on savait forcément tout de mes habitudes de grenouille de bénitier, ce qui n'était évidemment pas pour plaire aux anti-catholiques primaires que sont nombre de francs-maçons... Ce collègue m'a indiqué que des personnes directement impliquées dans cette affaire seraient maçonnes... Possible.

Mais, avec le recul, je crois que c'est cela qui fut le plus déterminant :



Cette excellente caricature de Piem, je l'offre généralement à chacun de mes élèves en fin d'année avec un petit mot personnel, histoire de prolonger ce que j'ai essayer de leur transmettre au fil des mois. 

Mais cette année, je l'avais affichée sur la porte d'entrée de ma classe (en écho aux affichages Harry Potter de mes collègues). Cette classe était au premier étage. Immédiatement en dessous était la bibliothèque, sur la porte de laquelle était une affiche traduisant ce qui est malheureusement induit par tout le système d'enseignement français : "POUR QUEL METIER ES-TU FAIT ?". C'est du vrai soviétisme : mettre le boulot au centre, et l'individu à la périphérie. 

C'est exactement pour insuffler tout à fait autre chose et mettre la construction de la personne au centre du parcours de mes élèves que j'ai choisi ce métier. La directrice, garante du système d'enseignement français (et non du français) à l'étranger, ne pouvait pas ne pas tiquer à chaque fois qu'elle voyait ce "MOI" surgir comme un défi dès qu'elle poussait (sans frapper...) la porte de la classe 3...


Tout recommence (en Jésus-Christ, comme le dit un chant)

Deux clins-Dieu sont venus ponctuer ce dénouement professionnel

D'abord des retrouvailles.

 Une de mes publications collectives de 24h sur WhatsApp (un "statut"), le  mercredi 12 novembre,  à l'occasion des évènements devant entrainer mon catapultage le lendemain, a été l'occasion du premier signe de vie de la part Saleem depuis plus de sept mois... Nous nous  sommes reparlés le lendemain, au soir de ma dernière journée de cours djiboutienne, quelques heures seulement après la communication de la décision de l'ambassadeur. Saleem m'a appris qu'il avait été convoqué par la police tunisienne suite à mon dernier article sur la Tunisie (où n'apparaissait pourtant que son prénom) - à moins que ce ne fut suite à mes courriels avec l'évêché le concernant (totalement anonymés... car entièrement surveillés). Décidément, tous les mêmes (comme le chante Stromaé)... La boucle était bouclée (du 9 mars au 13 novembre).

Ensuite une dynamique renouvelée.

Le vendredi 14 novembre avait été programmé mon premier webinaire autour de Delsarte organisé par une professeure de Berlin, auquel furent présentes une cinquantaine de personnes. On m'a trouvé enthousiaste... et suffisamment convaincant pour reprogrammer un nouveau webinaire à la prochaine rentrée.

Tout cela sentait la justesse des choses...




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