Sur "uh luumil mayaoob" (la terre des Mayas) (4)

 


À San Cristóbal de las Casas, il fait froid le matin (on est à plus de 2100 mètres) et les rivières sont complètement polluées : j'opte rapidement pour rejoindre Textla (la capitale du Chiapas) en vélo, 1500 mètres plus bas. Mais après 22 km de descente à fond la caisse, le pneu arrière explose à nouveau ! Le matériel acheté en forêt avec Eulocio m'a dépanné, mais c'est de la daube prononcée. Depuis cet épisode et celui de la nuit dans la piscine, j'ai compris que les problèmes de vélo pouvaient devenir de très belles occasions de rencontres, aussi marchais-je avec légèreté, le pneu arrière finissant par sortir de la jante... Francisco, qui travaillait sur le chantier de la voie où j'étais (aucun bas-côté, mais une voie entière libérée grâce à des travaux), appelle les services d'aide de cette section à péage. Mais avant qu'ils n'arrivent, un utilitaire remonte sur la voie en obras : Cornelio a vu l'état lamentable du vélo, a fait demi-tour dès qu'il a pu et vient me cueillir pour m'amener au premier réparateur de vélo trouvé à Tuxtla Gutiérrez. Me voilà entre les mains de Freddy et de son fils Victor (licencié en langues, licencié de son dernier poste suite à l'épisode C19, recyclé dans l'atelier paternel où il adapte des vélos pour des personnes à mobilité réduite). Je me suis tout de suite senti en confiance et en fraternité, et ai lancé le grand chantier : remplacement des deux pneus et des deux chambres à air (autant repartir sur de bonnes bases), achat d'une pompe costaud (ma meilleure jamais acquise) et d'un kit de réparation complet, apprentissage de l'entretien des freins (ils sont à tambour, comme sur une moto, il me faut m'adapter). La facture est passée de 900 pesos (45 €) à 800 pesos sans que je ne demande rien (le lendemain, j'ai visité un magasin de vélos haut de gamme et j'ai constaté que je m'en suis très très bien sorti). Et Freddy m'indique un beau parc pour manger et siester. Repartant à zéro, j'ai joué le jeu de la confiance jusqu'au bout en laissant dans l'atelier familial tout ce qui me restait. J'ai tout retrouvé le soir, ai hérité d'un vélo comme neuf et partagé des moments de belle humanité : pari gagné !
Le lendemain, j'ai continué sur ma lancée en m'équipant d'un nouveau sac à dos (mieux que le volé), d'une nouvelle tente (de supermarché, mais cela fera l'affaire pour quelques mois), d'un matelas gonflable neuf (pas aussi bien que la petite merveille que j'avais, mais correct) et de tissus en fibre polaire et en soie : je retrouvais mon autonomie, dont j'ai profité dès la nuit suivante.


Freddy ne m'avait pas seulement envoyé vers un parc, mais vers un superbe jardin botanique installé dans le cœur culturel de la ville, avec quatre musées (gratuits) dont j'ai pu faire la visite de trois.
Du musée d'histoire (depuis la conquête), j'ai retenu que le Chiapas, qui n'appartenait pas à la Nouvelle-Espagne mais à l'Amérique centrale coloniale, a rejoint les États-Unis du Mexique par référendum en 1824.
Dans le musée de botanique (assez merveilleux avec ses photos de fleurs), j'ai appris l'origine maya du mot - oh combien important ! - de cacao : Kay (amer) et  Kab (jus).
Mais c'est le musée d'anthropologie (sur les civilisations pré-colombiennes) qui m'a le plus passionné. J'y ai découvert la légende maya de création des êtres humains (je la résume dans un article à part), et une superbe exposition sur un site exceptionnel au sud du Chiapas, près de la frontière guatémaltèque : Bonampak. Exceptionnel par la découverte d'une tombe mystérieuse couverture de peintures en couleurs entièrement conservées et restaurées. Mystérieuse, car les restes de la personne déposée ici il y a des siècles indiquent qu'à la place de la tête (seul la mandibule est présente), il y a un grand bol de terre cuite ayant très probablement servi à recueillir le sang du cadavre. Les historiens se sont perdus en conjonctures, finissant par envisager ici la sépulture d'un roi prisonnier sacrifié par oblation de la tête (les peintures peuvent en effet le suggérer - leurs scènes de guerre ont en tout cas mis fin au mythe de Mayas pacifiques). Oui, mais pourquoi une telle décoration pour un roi étranger ? Et si ce n'était pas plutôt un roi de Bonampak qui, ayant perdu avec son équipe au jeu de la balle, en serait passé par le sacrifice rituel, puis aurait eu une sépulture digne de son rang et racontant ses exploits ? Cette idée me traversa l'esprit...










Tuxtla Gutierrez, arrivée dans ma virée sans crier gare, m'a complètement séduit en un peu plus d'une journée : son climat, la beauté et l'intérêt de certains de ses quartiers, et surtout la vie débordante et joyeuse de ses habitants - Xochimilco est battu, et de loin !
"C'est là que je veux vivre !" me traversa l'esprit alors que je traversais une place où, presque tous les dix mètres, il y avait un groupe dansant sur sa propre musique... Du jamais vu, du jamais entendu - le Chiapas a fini par me séduire !


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