Sur "uh luumil mayaoob" (la terre des Mayas) (3)
Une nuit en bus suffit pour arriver au petit matin à Palenque, y découvrir un site maya exceptionnel et sortir de là à peu près dépouillé mais en vie et heureux de nouvelles très belles rencontres. Bienvenus au Chiapas tourné vers la mer des Caraïbes, pour finir au Chiapas versant Pacifique.

Le site de l'antique Palenque est installé sur les premières hauteurs au-dessus de la plaine côtière. Il est fait de collines et d'une vaste étendue plane. Y courent deux rivières en partie canalisées depuis des siècles. Plus d'une vingtaine de temples et un immense palais ont été exhumés et restaurés, ou sont en train de l'être, ou le seront un jour : il reste quelques monticules de végétation recouvrant on ne sait quels trésors potentiels.
Ce qui m'a plu le plus, c'est l'intégration des monument aux arbres et à l'eau. Et la vue plongeante que l'on a parfois sur les constructions en contrebas. Je note que tous les temples funéraires sur lesquels je monte sont organisés avec trois chambres en haut des pyramides - le ternaire (ou le trinitaire) est bien le rythme du sacré et de la vie ici aussi, d'aussi loin que l'humain se souvienne...
Comme à Ek Balaam, on peut monter sur les temples, et comme là-bas les marches sont raides, mais ici c'est plus que sportif vue l'ampleur du site, et ouille ouille ouille les muscles des cuisses les jours qui suivent !(surtout sans les granules d'Arnica 9 CH disparues avec mon sac - mais j'anticipe).
Le palais de Palenque est, je crois, tout à fait exceptionnel. Il est dominé par une tour permettant d'observer le ciel avec précision.
Ou simplement admirer la beauté de certains glyphes.
Ou la précision anthropomorphique de figures parmi les très nombreuses pièces trouvées sur le site.
Ce prince entouré de deux subalternes lui montrant des signes de respect m'a quelque peu interrogé. Ou plutôt cet étrange mouvement de main du personnage de gauche, mouvement bizarrement non commenté sur les panneaux... Assurément, il y a encore bien des choses à découvrir des mœurs et des signes de respect et d'autorité du monde maya ancien !...
Haydée m'avait suggéré d'être prudent : "Un touriste français a été agressé il y a peu dans le Chiapas. Évite de faire confiance trop vite et de suivre la première personne qui t'invite !" (elle avait vite et bien senti le bonhomme....). Le jeune serveur du restaurant où je m'installe après la visite du site archéologique avait enfoncé le clou : "Entre Palenque et San Cristobal, le jour ça va, mais la nuit ils t'attaquent (te asaltan) !". J'hésitais sur la suite de mon voyage : pour rejoindre San Cristobal de las Casas précisément, il me fallait prendre deux colectivos, mais vu l'heure tardive (16h), il y avait toutes les chances pour que je reste coincé à Ocosingo, petite ville probablement sans auberge, avec du coup la tentation/obligation de dormir sous tente... Mais j'avais envie d'avancer, en particulier pour retrouver David qui m'attend à Puerto Escondido, et pour diminuer au maximum le temps passé dans les bus en journée. Tout s'est résolu quelques kilomètres plus loin : mon sac à dos, imprudemment laissé derrière le mur d'un arrêt de la petite piste cyclable pour touristes (afin de faire la visite de manière légère) avait disparu ! Adios mes habits, ma tente et mon matelas et mon hamac et ma lampe French high-tech, adios tout mon matériel pour vélo, mon ordinateur, mon passeport, mes médicaments naturels, les clés de l'appartement familial de Grenoble (mon père avait refait le trousseau en mai, après le premier vol de mon sac à Sète, ouf...). J'ai été bien léger avec ce mur bien trop accessible... Le plus difficile à perdre : mes notes sur les lettres hébraïques, un Nouveau Testament de poche offert par un ami prêtre en fin de vie, un livre génial lu et anoté (Je vois Satan tomber comme l'éclair, de René Girard), les feuilles de mon journal intime, mon agenda de l'an dernier avec une avalanche d'informations consignées à l'intérieur, une superbe chemisette de soie donnée lors de ma marche de 2004 par une mère italienne venant de perdre son fils... Me restait le petit sac en tissus blanc qui n'avait intéressé personne, avec une veste imperméable pliée à l'intérieur, une paire de baskets en tissus léger, deux paires de chaussettes et une bouteille d'eau...et mon vélo, mon smartphone, mes cartes bancaires et ma carte de résident temporaire au Mexique : de quoi survivre très correctement ! Et heureusement/providentiellement, vingt jours plus tôt, j'avais installé sur mon smartphone la copie du contenu de l'essentiel de mon ordinateur pour pouvoir continuer à donner mes cours en ligne, mon PC ne fonctionnant plus.Et si, en définitive, ce vol et mon étourderie m'avaient sauvé la vie ?Radicalement impossible de poursuivre ma route comme je l'imaginais : le temps d'aller déposer plainte les derniers colectivos étaient partis, et sans tente je n'avais plus aucune autonomie. Impossible donc de prendre un risque que je n'avais sans doute pas assez bien mesuré - le prêtre, lors de son sermon de la messe de 19h, s'est chargé de me mettre les points sur les i en évoquant diverses situations de violence dans la région, en particulier le meurtre d'un jeune en plein jour, à 10h du matin... Planter la tente ici, en étant si repérable comme étranger à mon seul aspect, c'était un peu comme aller bivouaquer dans le parc de la Villeneuve de Grenoble avec une tente fluo en criant "Souris, Jésus t'aime !"... J'ai adopté la douce attitude de mon père qui, alors que j'avais 21 ans et que je venais d'échapper au pire au volant de sa voiture qui avait dérapé sur la neige du Trièves grâce à un poteau EDF (poteau et voiture morts sur le coup) - mon père donc m'avait accueilli avec calme et sans m'engueuler : la vie d'un fils vaut plus qu'un véhicule. Ma vie vaut plus que tous les objets précieux que je venais de perdre. Merci papa ! Et merci Père éternel de m'apprendre le détachement (car que ferai -je dans l'Invisible de mes notes, ordinateur et objets affectifs ?).
Mon passage à Palenque, c'était le jour de la Candelaria (la Chandeleur), si bien qu'au sortir de la messe, il y a eu distribution de tamales et de champurado (la tradition mexicaine veut que celle ou celui qui tire une figurine dans le rosco de los Reyes - équivalent brioché de notre galette des Rois - offre des tamales à la Candelaria). Dans la queue (conséquentes, on aime manger ici !), je sympathise avec Anita et Maria Carmen, avec lesquelles je finis la soirée dans une ambiance très joyeuse et sorelelle - nous sommes les derniers à quitter le jardin de l'église avant qu'il ne ferme. Je n'ai plus qu'à rejoindre le bus de nuit que j'ai fini par trouver grâce aux indications du policier qui m'a accueilli très sympathiquement quelques heures plus tôt. Plein d'une gratitude allègre - fallait le faire !






























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