En route vers le pays des Mayas
En débarquant du bus à VERACUZ vers 5h du matin mardi, la
chaleur humide me rappelle instantanément la Guyane : je suis bien loin de
Mexico désormais. La ville a été fondée par Hernam Cortés le vendredi saint de 1519
(d’où son nom). Pour motiver ses troupes, Cortés a ensuite fait couler sa
flotte : impossible de retourner à Cuba, en avant pour la conquête de
l’empire aztèque ! Quel pédago ce Cortés… Inspiré sans le savoir par
la dynamique de la lettre Beth ב : fermée au
passé, aux spéculations métaphysiques et aux liens avec les morts, entièrement
tournée vers l’avenir. Je crois bien que c’est le premier grand port occidental des
Amériques (mais les grandes civilisations précolombiennes étaient maritimes, les Mayas par exemple ont fait du commercer par la mer).[1]
Sur l’un des quais, un monument avec des mots écrits en
hébreu attire mon regard : il commémore l’arrivée de Juifs dès le début du
XXe siècle, arrivés ici pour fuir les persécutions et les ségrégations
vécues en Europe à l’époque. Plus tard, ce sont des Libanais et des
Palestiniens qui sont venus se réfugier à Veracruz. Encore plus touchant :
en 1937, un bateau arrive en direct d’Espagne avec des centaines d’enfants
exfiltrés afin d’échapper aux horreurs de la guerre civile. Ils ont précédés
les bateaux de républicains espagnols qui, après un séjour dans des camps de
concentration en Catalogne française, ont embarqué à Sète pour le Nouveau
Monde, la paix et la liberté. De loin en loin, je me sens en communion avec ces migrants,
d’autant que j’avais repéré dans le port de Sète, en remontant de Barcelone en
vélo à la Pâques dernière, une plaque commémorant ces migrations et que cela m’avait
immédiatement parlé (je n’avais aucun projet mexicain à l’époque, juste le
désir de déguerpir). Le Mexique, pays refuge comme toute l’Amérique latine. La
vieille Europe, vue d’ici, est un mélange fascinant/repoussant de civilisation
et de violences… Quand on me demande ici pourquoi je suis venu et que je
raconte que dans mon pays, il faut faire de la contrebande de médicaments
interdits (et en prescription évidemment libre ici, comme cela l’était chez
nous jusqu’en 2020) pour se soigner du C19, les gens n’en reviennent pas !
Eux qui se croyaient être dans un pays en « malaise démocratique »…
Ah ! la dictature sanitaire à la française… (encore validée fin décembre
2022 par le Conseil d’Etat, un vrai bonheur…).
Une longue plongée dans la mer des Caraïbes, un petit resto
conseillé par David, la visite du musée municipale, puis deuxième nuit en bus.
Arrivé à 2h30 du matin à VILLAHERMOSA, dans l’Etat de
Tabasco. Je me sens des ailes et file en vélo 40 km entre la pleine lune et les
étoiles. 170 km plus loin, jeudi vers 13h, j’arrive à Cuidad del Carmen, en
avance pour donner mon premier cours en ligne à Inés de Polanco. J’ai traversé
des paysages splendides, peuplés d’une multitudes de lacs et d’étangs (au
milieu desquels j’ai pu planter ma tente), avec des oiseaux sauvages un peu partout
et ces chevaux en semi-liberté. Une image me reste (non captée par l’image, mon
smartphone était fermé) : un arbre généreux entièrement recouvert d’une
ribambelle d’oiseaux blancs, comme une multitude de petite boules de coton…
merveilleux ! La Guyane me revient à nouveau en traversant ces immenses fleuves si caractéristiques de toutes les Amériques.
À gauche
du pont de plus d’un kilomètres menant à CIUDAD DEL CARMEN, une plage aménagée
très accueillante : je me jette à l’eau avec tous mes habits (deux jours
de sueur, cela laisse des odeurs…) et une pensée me vient : « C’est
là que j’ai envie de vivre ! ». Dans l’église d’à-côté superbement
décorée pour Noël, bel échange avec le prêtre.

Mais c’est surtout cette
plage-intégrative ("playa integrativa") qui me marque : beauté, propreté, sécurité, équipements pour
que les personnes à mobilité réduite puissent étendre leurs jambes sur des
sortes de chaises-longues équipées de flotteurs : à elles aussi la baignade,
en en autonomie ! Là, Emanuel me propose de planter ma tente dans le
sable, sous la surveillance de Luis, le gardien de nuit. L’idéal pour rejoindre
le lendemain au petit matin mon bus partant quelques coups de pédales plus
loin, direction Mérida, la capitale du Yucatan, c’est-à-dire des pays Maya. Adelante!


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